samedi, novembre 04, 2006

crime et châtiment

La justice Suisse se fout du viol comme de l'an quarante. Il semble que ce soit un délit mineur à peine plus grave que le vol de téléphone portable. Les prisons suisses sont remplies à craquer de petits délinquants, de dealers d'herbe, de sans-papiers, des tas de gens qui n'y ont pas leur place. Mais où sont les violeurs, les pédophiles, les dérangés sexuels ? Ils sont dehors, contents que leur crime ait eu si peu de répercussions sur leur existence alors qu'il a détruit celle de leur victime. Pour la plupart ils n'ont aucun regret. Pourquoi en auraient-ils ? On les punit à peine, les confortant dans leur idée que ce qu'ils ont fait n'est pas si grave. Ils ont voulu du plaisir immédiat et interdit, ils l'ont pris, parfois ils se sont resservis, et on leur tape sur les doigts en leur disant s'il-vous-plaît ne recommencez pas, poliment avec ça, et sans les gronder trop fort. Vous croyez que je délire, que j'exagère ? Lisez-vous les journaux ?
Rien que l'autre jour, un court article explique qu'un couple ayant violé pendant des années leur fils depuis qu'il a 11 ans, l'utilisant, je cite, comme "un objet sexuel" et n'exprimant aucun remord ni empathie, a été condamné respectivement à 15 et 18 mois d'emprisonnement avec sursis. Vous avez bien lu : AVEC SURSIS ! Ce couple est ressorti libre. Et que deviendra leur fils ? Quel avenir pour ce garçon qui n'a même pas obtenu la reconnaissance de ses souffrances par une condamnation sérieuse de ses bourreaux ?
Le même jour dans le même journal, on peut lire que Berne refuse une initiative contre les pédophiles, déposée par l'association Marche Blanche, la jugeant disproportionnée. Selon le Conseil Fédéral, il est exagéré de rendre imprescriptibles les atteintes à l'intégrité sexuelle des enfants. Comprenez : "mais ce n'est pas si grave quand même, il y a pire dans le monde, regardez le terrorisme, les génocides et les crimes de guerre. On a d'autres chats à fouetter". Comme ça la pédophilie n'est pas si grave... combien de victimes suicidées, dépressives, prostituées pour punir leur corps sali, combien de vies gâchées, de combats solitaires faudra-t'il pour que l'on reconnaisse la souffrance réelle des victimes ? Pour que l'on se mette enfin à punir sérieusement ces monstres voleurs d'innocence, de confiance et de joie de vivre ? Pour que l'on fasse quelque chose pour éviter que ça arrive ? Pour protéger nos enfants qui seront les adultes de demain, pour ne pas qu'ils aient à passer par toutes ces horreurs, pour leur donner une chance de devenir des hommes et des femmes heureux et accomplis, confiants et sûrs d'eux, capable de donner et recevoir de l'amour ? Car une victime de viol doit lutter jour après jour pour avoir un 10ème de tout cela, car pour nous, faire confiance est tout un défi, se sentir sûr de soit c'est mission impossible, le danger semble nous guetter partout et nous sommes pollués par un sourd désir de vengeance, ou du moins de reconnaissance de notre douleur.
Quand je lis toutes ces choses, et il y en a tellement d'autres, je me sens terriblement désemparée. Comment arriverai-je à faire condamner mon violeur si ce garçon n'a pas pu obtenir justice ? Comment protégerai-je d'autres adolescentes de lui si je ne parviens pas à l'envoyer en prison ? Mon violeur a déjà été enfermé, pas assez à mon goût, et il a recommencé. Il y en a eu avant moi et après moi. Mais est-ce que ça suffira pour le faire vraiment enfermer pour longtemps ? Regardez le cas de ce professeur qui a abusé de 16 de ses élèves durant des années. A votre avis, où est-il en ce moment ? Et bien nous sommes samedi, il est sans doutes tranquillement chez lui, il regarde la télé ou prépare le dîner... car il est dehors dans l'attente de son jugement, comme si avoir abusé de 16 jeunes garçons ne constituait pas un motif suffisant pour l'enfermer. Cet homme n'est pas considéré comme un danger. Il a violé 16 gosses mais il n'est pas dangereux aux yeux myopes de la loi... C'est révoltant. Pourquoi ceci est-il possible ? Parce que l'incarcération coûte terriblement cher. Parce que les prisons débordent de gens qui ne devraient pas s'y trouver. Parce qu'il est bien moins coûteux de renvoyer un type chez lui plutôt que de l'enfermer dans l'attente d'un jugement qui peut tarder plus de 2 ans. Porter plainte contre son agresseur est un vrai chemin de croix. Mais pour que ces crimes ne restent pas impunis, c'est une démarche nécessaire. Un jour les pervers sexuels auront ce qu'ils méritent.
N'empêche que lorsqu'on voit qu'en Belgique, ce père qui a tué le violeur de sa fille a été acquitté, on ne peut s'empêcher de sourire et de se sentir proche de cet homme. Quel courage de risquer sa liberté pour venger sa fille ! Et oui, l'injustice de la justice me pousse à admirer ceux qui se font justice eux-même. Lorsque la justice méritera son nom je changerai peut-être d'avis.

samedi, octobre 28, 2006

témoins du passé

Parfois j'ai cette tentation étrange de me plonger dans les albums de photos "d'avant" et "d'après". Je regarde la petite fille innocente, l'adolescente timide, j'ai envie de les prévenir du danger. Et je me sens terrassée à la vue de cette grande fille de 15 ans, si sombre, brisée, dépourvue de l'éclat enfantin des photos "d'avant". Je parcours les images avec avidité comme au jeu des 7 différences, je recherche le détail qui montre que quelque chose s'est cassé entre cette image et cette autre. Qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que ça se voit sur mon visage ? Comment personne ne s'en est rendu compte alors qu'il me semble que la cassure est si évidente ?
"On a bien remarqué qu'il se passait quelque chose", dirent mes parents bien plus tard, quand je leur ai raconté mon calvaire. Ce "quelque chose" m'ayant amené aux portes de la mort, je souffre encore que personne n'ait jamais tenté de savoir ce qui m'arrivait. C'est tout de même un comble que les victimes fassent si peur...

vendredi, octobre 27, 2006

larmes faciles

Parfois elles sont bienfaisantes, elles soulagent, elles permettent d'évacuer la pression. Quelques larmes et le noeud dans la gorge se défait de lui-même.
Mais souvent coulent les larmes de la honte, innexplicables, dont on préfère ne pas parler. Parce que sans parvenir à savoir bien pourquoi, les souvenirs affluent et c'est comme tout revivre une fois de plus. Alors on tente de les dissimuler en attendant que ça passe. Et on y arrive rarement. On trouve des excuses, n'importe lesquelles, tout mais ne pas mentionner l'odieux flashback qui nous parcourt comme une onde toxique. On préfère même déclencher une dispute de couple que décrire les images qui nous hantent. Même si on en a déjà parlé, même si on a pleine confiance en l'autre, la peur du rejet, de l'incompréhension, le dégoût de ces souvenirs sont trop forts pour nous permettre de nous confier.
Je dis "on" et "nous" plutôt que "je", incapable de m'approprier totallement cette douleur. Je cherche la facilité en prétendant que "les autres", les victimes d'abus sexuels, ressentent les mêmes troubles. Pitoyable. Je sais. Je hais mes larmes parce que lorsqu'elles coulent je me sens faible. Parce que peu nombreuses sont les personnes qui réagissent comme je crois que j'en aurais besoin. Parce que même si elles le faisaient je les repousserais sans doutes. Parce que souvent les spectateurs de mes larmes sont mal à l'aise, se fâchent parce qu'ils ne comprennent pas ou battent en retraite. Parce que je me sens seule au monde avec mes démons et ma souffrance.
"This pain is just to real
There's just to much that time cannot erase"
Evanescence

vendredi, octobre 20, 2006

envies de meurtre

Je viens de tomber sur un blog qui parlait de l'invention d'un préservatif féminin équipé d'un "hameçon à violeur", autrement dit un truc au fond qui provoque une douleur intense au sale type qui y a fourrée sa queue, permettant à sa victime de s'enfuir. Bon, mon avis sur la question importe peu, mais l'utilité du truc est assez limitée puisque le mal est déjà fait si le type en arrive à se harponer, quoi que le côté punitif est mieux que rien. Mais là n'est pas mon propos. Parmis les avis divers et variés des internautes sur l'utilité ou le bien-fondé de cette invention, il s'en est trouvé un pour faire l'apologie du dépucelage violent des jeunes filles. Language sms de l'attardé, qui précise qu'il se branle en écrivant ces immondices. Qui se vante de faire croire à des vierges qu'il sera doux, puis qui les "défonce", les fait saigner un max avant de les sodomiser. Et ajoute qu'il "n'a jamais essayé le viol", comme s'il s'agissait-là d'une pratique sexuelle particulière qu'il serait intéressé à tester. On croit rêver. Cher Patajesaisplusquoi, te lire m'a littéralement donné envie de vomir. Ce n'est pas une forme de style, j'ai réellement la gerbe en ce moment précis. Tout ceci pour en venir au sujet de ce post : les envies de meurtre.

En lisant Patatruc, là, j'ai d'abord eu envie de répondre par une cascade d'insulte et l'élaboration d'un scénario ou il souffrirait ce qu'il a fait souffrir à d'autres et pire encore si cela est possible. Et puis je me suis dite, à quoi bon, sûr que ce mec n'a pas d'imagination, il ne goûterait pas le raffinement de mes tortures littéraires et au mieux il rigolerait bien. N'empêche, il a réussi à réveiller ma haine. Qui ne dort jamais très profondément. On serait étonné de savoir la quantité de haine que peut contenir le coeur d'une jeune femme d'apparence saine et bien comme il faut, car il paraît que c'est ce que j'inspire. Quand je pense à mon violeur, et croyez-moi ce n'est pas sans mal que je lui donne ce qualificatif d'appartenance, j'ai envie de le tuer. De le torturer. De le faire souffrir d'une manière inimaginable. Sincèrement, ça fait des années que je me vois le massacrer d'un tas de façons sans la moindre pensée coupable. Il ne mérite, à mes yeux, aucune pitié. Il n'a aucune excuse. Je me vois le frapper, le lacérer au couteau, lui ouvrir le ventre, le castrer, le piétiner, lui cracher dessus, lui arracher la langue et les yeux, hurler comme une possédée toute ma colère, l'écraser, l'étrangler, le saigner comme un porc... Que de violence, me direz-vous, et vous aurez raison, car la violence engendre le violence, et à un violeur on ne peut pardonner même avec toute la bonne volonté du monde. Il a perpétré contre l'adolescente que j'étais l'un des pires actes de violence possibles: il a envahi un espace intime que, même sans traumatisme et avec maturité plein de femmes préfèrent se garder pour elles et pour la fonction qui lui a été assignée, à savoir déféquer. Je vais peut-être paraître naïve, mais moi je ne suis pas d'accord avec Alice Sebold, qui a dit dans son livre " lucky" qu'elle préférait être violée mille fois plutôt que de mourrir. Elle traite de naïves celles qui disent qu'elle préfèrent mourir à subir un viol. Donc je suis naïve, car je suis de celles-là. Je préférerais lutter à la mort plutôt que de revivre ça. On violera mon cadavre si ça doit se reproduire.

jeudi, octobre 19, 2006

le chien

Quand elle a réalisé sa présence, déjà il était trop tard. Il l’avait choisie. Mais elle ne le savait pas. Il n’avait pas l’air menaçant malgré son allure un peu sauvage. Il était immobile sur le macadam mouillé, insensible à la morsure du froid et aux dards de la pluie. La première chose qui intrigua l’innocente fût ce regard noir et fixe qui ne se détournait jamais. Peut-être a-t’il faim, pensa l’innocente. Et elle poursuivit son chemin à-travers le parking, sautant d’une flaque de lumière à une autre flaque de lumière, blême et mouillée, sous le tronc métallique des grands lampadaires. Tictictic. Le bruit des griffes sur le goudron lisse. Un rythme lent, comme celui d’un métronome, trop régulier. L’innocente s’arrête, se retourne. Le chien s’immobilise, la fixe à nouveau. Qu’est-ce qu’il me veut, cet animal ? se demande l’innocente qui, en son for intérieur, commence à ressentir les premiers étranglements du nœud dans son ventre. Elle respire une fois, deux, profondément, trois, quatre, puis reprend sa marche à reculons. Tictictic. Le chien ne la lâche pas. Il ne lâche jamais ses proies. Tictictic. Le nœud se resserre, le ventre fait mal, l’innocente accélère un peu. Le chien aussi. Tictictictic. Un lampadaire grésille puis s’éteint, une flaque de lumière blême et mouillée se dilue dans l’eau de pluie. Laisse-moi s’il-te-plaît, va t’en ! lance l’innocente au molosse qui se rapproche, qui accélère encore. L’innocente sent maintenant pleinement le danger, ça a un goût de métal rouillé dans sa bouche, impossible d’avaler sa peur sans se mettre à vomir. Le chien retrousse ses babines, grogne un peu pour exciter sa proie, il se sait en avantage car il connaît l’issue. L’innocente se retourne et se met à courir, courir, son sac serré contre son ventre qui fait si mal, ses cheveux collés à son front par la pluie. Le chien est satisfait, il obtient toujours ce qu’il veut et l’obtiendra, une fois de plus, ce soir-là. Trois bonds souples, la mâchoire s’écarte, les crocs libérés de leur prison de chair s’enfoncent dans la gorge tiède, percent la surface, l’étau se resserre, implacable. Quand il est satisfait le molosse s’en va, tictictic, comme il est venu, sans faire de remous, sans se dépêcher.
Au matin le soleil se lève sur un tas de chair et de sang coagulé. Le parking est Sali, il faudra nettoyer ça. Les citadins sont dégoûtés et se pincent le nez en détournant le regard. L’innocente n’a plus rien d’une innocente à leurs yeux.
La lumière lui fait mal aux yeux. Le tas de chair et de sang dénoue ses membres, teste les articulations. Tout semble fonctionner. Approximativement. Le tas sait qu’il sera capable de marcher, mais à vrai dire il ne s’en sent ni la force ni l’envie. Le tas se retasse sur lui-même, forme une boule, un amas répugnant à regarder. D’ailleurs les passants le regardent avec horreur et mépris. Il y en a même qui lui crachent dessus. « Petite salope », c’est ce qu’on dit au tas qui gît là parterre. Le tas ignore pourquoi on le traite de cette manière, et puis il ne se souvient pas bien de ce qui s’est passé. A-t’il fait quelque chose de mal ? Le sang sur ce qui reste de sa gorge à séché et tombe en poussière. Une vieille femme avec une canne pousse le tas du pied en lui jetant des regards haineux. « Chienne », qu’elle dit. Le tas hésite entre rire et pleurer. Chienne, comme la femelle du chien, cette sale bête qui a transformé l’innocente en tas ; cette vieille insinue à peine qu’ils sont de la même espèce, le chien et le tas. C’est drôle. Très drôle. Et affreusement triste aussi. Le tas se secoue un peu, effrite le sang sec qui colle partout, se recompose en forme d’humaine ou de quelque chose d’approchant, allonge ses membres de chiffon et se lève. Tous ces gens en forme de gens tirent des têtes de chiens quand ils voient cette humaine en forme de tas qui tombe d’un pied à l’autre plus qu’elle ne marche, traînant un sac tout foutu. Le tas a envie de vomir. Le goût de ferraille rouillée est omniprésent. Le tas gémit un peu, il a mal même à des endroits dont il ignorait l’existence. « T gueule » lui disent les passants, molestés par la plainte inaudible. Alors le tas se tait et se met à penser très fort. Il se forme sous son crâne une idée, qui éclate comme une bulle de savon avant de réapparaître, plus grosse, plus consistante. « Plof ! ». La bulle-idée éclate à nouveau et se reforme comme par magie. L’idée est rouge et a un goût de viande crue. Et sent la fumée, allez savoir pourquoi, la fumée toxique du charbon industriel. Le tas la savoure comme s’il n’avait jamais eu de meilleure idée. La hume. La déguste. L’admire. Le tas est ravi, absolument ravi de son idée. Cette nuit et toutes les suivantes, roulée en boule, l’humaine en forme de tas rêve à l’idée, se nourrit et s’abreuve de l’idée. Au point que sa chair se met à rétrécir et rétrécir encore, transformant le tas humain en squelette humain. Un matin le squelette se lève, se regarde, s’horrifie à sa seule vue et décide que le moment de réaliser l’idée est venu. Tuer le chien. Lui briser la mâchoire. Lui arracher les crocs qu’il lui a plantés dans la peau, l’ouvrir en canal pour lui arracher ses tripes palpitantes et puantes et l’étrangler avec. Avec les nuits d’insomnies le squelette a eu encore pleins d’autres bonnes idées, mais il se dit qu’il verra bien le moment venu, dans le feu de l’action. Il le fera à l’instinct. Peut-être quand même qu’il lui arrachera la langue et les yeux avec ses propres dents, qui sait ? Le squelette se sent très inspiré. Le manque de sommeil le rend lucide d’une manière qui l’effraierait s’il n’était pas trop fatigué pour s’en rendre compte. Il est au bout du rouleau. S’il ne tue pas le chien il ne trouvera plus jamais le sommeil, pense-t-il. Question de survie, n’est-ce pas, prétexte le squelette qui sent comme des braises rougeoyer dans son estomac et ses tempes.
Le squelette s’arme d’un lourd bâton. D’un couteau de cuisine très tranchant. De son courage. Respire fort. Le courage lui file entre les doigts comme du sable d’un lac de montagne. Sueurs froides, nœud qui se serre à nouveau. Le squelette abandonne le bâton, le reprend, laisse le couteau, hésite. Tuer le clébard à mains nues, voilà qui serait vraiment bon. Les dents du squelette grincent, ses poings se serrent dans un réflexe involontaire. Armé de sa seule haine, le squelette sort en chasse. Cette sale bête ne peut pas être bien loin. Le squelette s’imagine pouvoir sauver une autre innocente, lui éviter de subir le même sort, la sortir indemne des mâchoires du molosse avant qu’elle ne soit transformée en tas de chair, puis en squelette avide de vengeance. Le squelette parcourt la ville, l’air hagard. Les passants s’écartent en lui jetant des regards mauvais. A cette heure-ci la ville est pleine de gens et de chiens. Des tas de chiens, Différents et à la fois très semblables au Chien que le squelette recherche. Il ne se souvient pas avoir déjà vu autant de clébards dehors, ou alors il ne les remarquait pas du temps ou il était une innocente. Certains chiens regardent bizarrement le squelette, l’air de se dire que, s’il n’y a plus de gorge à saccager, il pourrait être amusant de ronger ses os. Plusieurs fois le squelette croit voir le Chien, s’apprête à bondir les ongles en avant, mais au dernier moment il réalise que ce n’est pas le bon chien. Ce n’est qu’un sale cabot plein de puces, une bestiole qui mérite sûrement le même sort que le Chien pour avoir sans nulle doute commis les mêmes atrocités sans ciller, mais ce n’est pas le Chien. Le courage du squelette quitte sa mâchoire, dégouline le long de ses bras, s’égoutte du bout de ses doigts et reste vaguement collé à ses chaussures usées. En s’effilochant, la haine à laissé un désespoir tout troué sous le crâne su squelette. Alors seulement il les voit. D’autres squelettes, d’autres tas de chair, d’autres poupées de chiffons, vivantes mais pas vraiment, des créatures qui fonctionnent approximativement sans vivre correctement. Des êtres qui ont perdu quelque chose un soir, quelque part, sur un parking, au coin d’une rue, dans un garage sous-terrain, dans la sécurité de leur chez-eux, volé par un chien inconnu, par le chien du voisin ou parfois par ce bon vieux Médor, l’ami de toute une vie. Trop de chiens à massacrer. Trop de coupables. Le squelette n’en revient pas. Constat désespérant, la terre est peuplée de chiens, de gens désagréables et de tas amochés. Un chien de moins, qu’est-ce que ça changerait ? Même si c’était le Chien. Il y en a tant.
Le squelette rentre chez lui. Il a faim. Il en a marre d’être un squelette. Il veut à nouveau ressembler à peu près à une humaine.

J'ai écrit ce texte le 25.07.2006 d'après un poème que j'avais écrit puis jeté quand j'avais 17 ans, c'est-à-dire 2 ans après avoir été violée, le temps qu'il m'a fallu pour cesser de nier ce qui s'était passé et pour commencer timidement à en parler, ou plutôt à y faire allusion. La fin est plutôt pessimiste, c'était l'humeur du moment. Je ne crois plus qu'il faille vivre sa vie en tentant d'oublier un événement aussi bouleversant. Je crois qu'il faut se battre pour que le monde soit un peu plus rempli de gens souriants qui ont vaincu leurs démons. Je crois que ça en vaut la peine.